En zone rurale, beaucoup de femmes ont du mal à accéder aux soins gynécologiques. Pour combler ce manque, dans le Lot-et-Garonne, un Médicobus se transforme en Gynécobus une fois par mois. Mais, en l'absence de financement, le projet risque la panne sèche.
En ce matin de janvier, un camion stationne devant les halles du marché de Seyches, commune de 1 000 âmes du Lot-et-Garonne. Entre les gouttes de pluie, on distingue une inscription, floquée en lettres bleu marine sur la portière du véhicule : « Médicobus ». Une passante s'approche. « Est-ce qu'on peut prendre rendez-vous ? » « Aujourd'hui, c'est uniquement pour la gynécologie », répond Carole Calzavara, infirmière libérale et présidente de la communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) du Val de Guyenne. Les autres jours, le bus propose en effet des consultations de médecine générale.
Les patientes qui ont rendez-vous ce jour-là ont presque toutes plus de 55 ans. Elles consultent ici, faute de gynécologue à proximité de chez elles. Florence, 66 ans, s'est installée dans la région il y a quelques années. Habituellement, elle se rend chez un médecin à Bordeaux, à une heure et demie de route. Mais, même là-bas, les rendez-vous disponibles se font rares.
Les chiffres de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) sont révélateurs : en 2025, la France comptait 1 807 gynécologues médicaux pour 30 millions de femmes en âge de consulter, soit deux fois moins qu'en 2012. Alors, ce sont les sages-femmes, les infirmières et leurs homologues masculins qui prennent le relais.
À l'intérieur du camion, peu à l'étroit, Emmanuelle Joucla, une des sages-femmes de l'hôpital de Marmande, réalise les frottis et signe les ordonnances. Certaines femmes n'ont pas consulté depuis dix ans, alors qu'un suivi régulier reste nécessaire après la ménopause pour détecter les cancers. « Le but est d'inclure les patientes dans un parcours de soins gynécologiques. On ne les lâche pas », explique la praticienne.
Emmanuelle Joucla prend aussi le temps de discuter avec chaque femme de son état de santé. L'atmosphère rassurante du lieu les conduit parfois à se confier sur d'autres sujets. Si besoin, la sage-femme redirige alors les patientes vers les services de l'hôpital, par exemple en addictologie.
Selon une étude de l'Ifop, 53 % des femmes auraient sacrifié ou reporté une consultation.
Selon une étude de l'Ifop réalisée en 2025 pour une plateforme de téléconsultation, 53 % des femmes auraient sacrifié ou reporté une consultation gynécologique. Le Gynécobus répond donc à un véritable besoin. Mais l'argent manque à l'appel, comme l'explique Stéphanie Hébrard, chargée du pôle santé publique à l'hôpital de Marmande. Le plus cher, c'est la location du bus, qui s'élève à 82 000 euros par an. Ensuite, la rémunération du personnel, qui est de 325 euros par jour pour les sages-femmes. Sans compter l'assurance, l'essence, la communication… Les dépenses du Médicobus en 2025 s'élèvent à 191 000 euros pour 34 jours de consultation. Le bus est sur les routes moins d'une semaine par mois.
Pour être rentable, le Médicobus devrait « atteindre 22 consultations par jour en médecine générale et la moitié en gynécologie », estime Alexia Labonne, coordinatrice de la CPTS du Grand Agenais. Acheter le bus, au prix de 120 000 euros, amortirait déjà les coûts sur plusieurs années. Mais les subventions de l'ARS, de 200 000 euros par an, ne permettent pas un tel investissement, d'autant plus qu'elles ne sont planifiées que pour trois ans. Ce qui empêche de se projeter à long terme.
Interrogée sur le sujet, Carole Calzavara espère que les municipales seront une occasion pour revendiquer la pérennisation du financement : « Tous les jours, les maires ont des gens qui les appellent pour leur dire qu'ils n'ont pas de médecin. Forcément, ils ont intérêt à se rapprocher de nous. » ✕